Scholia Reviews ns 9 (2000) 52.

Janet P. Bews, Ian C. Storey, and Martin R. Boyne (edd.), Celebratio: Thirtieth Anniversary Essays at Trent University. Peterborough, Ontario: Trent University, 1998. Pp. v + 174. ISBN 0-9683602-0-3. Price not supplied.

Cecilia Saerens,
Vrije Universiteit Brussel

En 1987, la Section de Philologie Classique de la Vrije Universiteit Brussel fêta ses trente ans, ou plus exactement les trente ans de l'enseignement de la philologie classique en néerlandais au sein de l'Université Libre de Bruxelles, dont la Vrije Universiteit Brussel se sépara pour devenir finalement complètement autonome en 1970.[[1]] La parution du volume Celebratio à l'occasion du trentième anniversaire de la fondation du Département d'Histoire Ancienne et d'Études Classiques à la Trent University à Peterborough en Ontario attira donc doublement mon attention.

Comme on peut se l'imaginer en ces temps partout peu propices aux études de l'antiquité, il ne fut pas évident de fonder et de maintenir en vie ce Département à la Trent University. Les éditeurs de Celebratio ont judicieusement inséré en tête du volume, en guise d'introduction, le plaidoyer de Kurt Raaflaub qui fut chargé en 1993 de présenter en temps qu'expert externe un rapport sur le Département à l'attention des autorités de la Trent University ('Reflections on Strategies of Change: Classics in a Modern University', pp. 1-12).

Celebratio est le fruit de la collaboration de différents membres du Département et reflète la diversité de leurs spécialités. Les trois premiers articles ont trait à la tragédie grecque. D. Conacher ('Nomos and Physis in Euripides', pp. 13-20) étudie un thème cher aux sophistes, l'antithèse nomos - phusis, plus particulièrement dans les Héraclides et les Bacchantes d'Euripide. La similarité de deux scènes dans les Trachiniennes de Sophocle est le sujet de B. Levett ('A pair of Mirror Scenes in Trachiniae', pp. 21-28). Il analyse d'abord la scène où Déjanire ne répond pas à son fils Hyllos, qui l'accuse d'avoir tué son père Héraclès: sans essayer de se disculper comme le lui enjoint le coryphée, elle s'éloigne en silence et rentre dans le palais (vers 813 sqq.). L'entrée en scène d'Héraclès se fait également en silence (vers 962 sqq.): il arrive sur une civière, plongé dans un sommeil et accompagné par Hyllos et un vieillard, qui ordonne expressément à Hyllos de garder le silence pour ne pas réveiller les tortures d'Héraclès. S. Cavan ('The "Potiphar's-Wife Motif" in Euripidean Drama', pp. 29-41) examine le motif bien connu de la femme de Putiphar. Celle- ci, selon la Bible, voulut séduire Joseph, qui la repoussa. Elle accusa alors Joseph d'avoir voulu lui faire violence. Ce motif se retrouve dans plusieurs tragédies d'Euripide: Phénix, Pélée, Sthénébée, le premier Hippolyte (ou Hippolyte kaluptomenos), le second Hippolyte (ou Hippolyte stefanias).

L'épinicie de Bacchylide pour Alexidamos de Métaponte, enfant vainqueur à la lutte aux Jeux Pythiques, est le sujet de K. MacFarlane ('Bacchylides Absolvens: The Defeat of Alexidamus In Bacchylides 11', pp. 42-50). Ce poème a un aspect particulier: la victoire d'Alexidamos est une revanche, car le garçon a été précédemment victime, aux Jeux Olympiques, d'un accident, peut-être provoqué par un jaloux, qui l'a frustré d'une prestigieuse couronne. K. MacFarlane cite le texte selon l'édition de Maehler de 1970, mais au vers 30 une partie du texte grec manque. Il doit s'agir d'une erreur typographique, car dans la traduction on lit 'he would have come'. R. Faber ('Callimachus Hecale Fr. 42 and the Language of Poetic Ekphrasis', pp. 51-61) s'attache à démontrer la relation entre Apollonius de Rhodes, Argonautiques, 1.721-768 et Callimaque, Hécalè, fr. 42. D. Begg ('Inventing Bronze-Age Traditions', pp. 62-66) montre que la pratique qui consiste à inventer des traditions légendaires fait partie du système de la colonisation. B. Reardon ('Apographs and Atticists: Adventures of a Text', pp. 67-75) étudie la transmission du texte et les éditions critiques de Chariton, Chairéas et Callirhoé.

H. Pontes entreprend une étude de la métrique de Virgile ('Cracking the Stateliest Measure: Vergil's Broken Cadence in Aeneid I & IV', pp. 76-85). C. Marshall examine la mise en scène des tragédies de Sénèque et plus particulièrement le nombre d'acteurs ('In Seneca's Wings', pp. 86-95).

Trois articles concernent plus particulièrement l'histoire romaine. H. Leclerc s'intéresse à la définition du mot 'prosopographie' et à la méthode de cette discipline ('Prosopography and the Roman Republic', pp. 96-105). D. Page ('Two Things which occupied Domitian', pp. 106-115) suggère une relation entre une occupation, à première vue bizarre, de l'empereur Domitien, la capture de mouches, et le fait que sa calvitie le préoccupait au plus haut point. On sait en effet que ses ennemis triomphants l'accablèrent du surnom de 'Néron chauve'. Domitien aurait appliqué un remède contre la chute des cheveux, décrit par Pline le Jeune, dans lequel des mouches sont incorporées comme ingrédient. J. Tinson ('Roman Jeopardy', pp. 116-121) se penche plus spécialement sur les rescripta (ou réponses écrites de l'empereur concernant des questions de droit) adressés à des femmes.

Transposer Euripide à la scène moderne est le sujet de M. Boyne: le Classics Drama Group, issu du Département des Études Classiques de la Trent University, s'y est attaché avec enthousiasme ('Old and New Directions: "Translating" Euripides on a Modern Stage', pp. 122- 133). K. Wetter souligne le parallélisme entre Achille et Cú Chulainn, héros de la mythologie celte considéré par beaucoup comme l'Achille irlandais ('The Tragedy's the Thing: Achilles and Cú Chulainn as Models of the Consummate Hero', pp. 134-143). J. Bews met en lumière l'influence de Virgile sur Dante ('Virgilian Motifs in Dante's Purgatorio', pp. 144-153). I. Storey souligne entre autres choses l'importance du mythe de l'Amour et Psyché d'Apulée dans le roman Till We Have Faces de C.S. Lewis ('Between Myth and Reality: C.S. Lewis' Till We Have Faces as Historical Fiction', pp. 154-164).

Après ces contributions scientifiques suit un chapitre (pp. 165-174) retraçant l'historique du Département d'Histoire Ancienne et d'Études Classiques de la Trent University à partir de 1964.

Pour finir la couverture du livre mérite également une mention spéciale. La couverture avant représente une pièce de monnaie appartenant à la collection du Département. Il s'agit d'un statère de type corinthien provenant d'Anaktorion, sur lequel figure Pégase volant à gauche, avec au revers la tête casquée d'Athéna. Sur la couverture arrière se trouve l'emblème de la Trent University: l'épée de Samuel de Champlain, le premier Européen connu ayant visité la Trent Valley, en descendant l'Otonabee River en 1615. Les vagues de l'emblème sont celles de cette rivière, sur les rives de laquelle se trouve la Trent University. La devise de l'Université Nunc cognosco ex parte est tirée de la première Lettre aux Corinthiens 13.12.[[2]]

NOTES

[[1]] À cette occasion parut le premier volume d'une nouvelle série: C. Saerens, R. De Smet, H. Melaerts (edd.), Studia varia Bruxellensia ad orbem Graeco- Latinum pertinentia: Dertig jaar Klassieke Filologie aan de Vrije Universiteit Brussel (Leuven 1987).

[[2]] La typographie du livre est très soignée, on note peu de fautes d'impression (p. 61 Poetae Melici Graeci, p. 168 Universität).